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Index des articles > Piret-Magazine n°91 > Tout c’qu’est p’tit est bia !

Tout c’qu’est p’tit est bia !
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Marie-Louise Piret

Tout c’qu’est p’tit est bia !

(Little is beautiful)

Reprise d’un texte paru dans “Piret Magazine n° 6 page 9 à 14

Mars 1919 . Il faisait déjà ... petit

La fermette d’Arquennes (1) paraissait déjà bien petite quand elle y arriva. Elle était le sixième enfant. Elle ne serait pourtant pas la dernière à y naître, mais, comme l’écrira plus tard son parrain, Pierre Dubois – devenu Père Albéric - : “On était déjà à l’étroit lors du baptême”. La guerre de 14/18 venait à peine de finir, et il était ce jour-là en uniforme d’aumônier militaire, comme sur la photo encadrée au-dessus de la porte de la chambre de maman à Obaix. Il était déjà prêtre, pas encore trappiste.

Sa marraine, Odile Tamigneaux, était la plus jeune, la plus jolie, la plus joyeuse, et sans doute la plus petite des tantes nivelloises. Or, voilà qu’à peine s’est-elle penchée sur le berceau, que la bonne fée se retire sur la pointe des pieds chez les petites soeurs des pauvres. Sa filleule, Marie-Louise, la verra à peine une fois dans son couvent à la rue Haute à Bruxelles. Un parrain trappiste et une marraine “béguine” en Amérique latine, quelle drôle d’idée... ça frustre un peu quand même.

On l’appela Marie-Louise : la tante Louisa Piret venait de s’éteindre à la ferme de La Loge, en 1918, victime de la grippe espagnole. Au fait : c’est Célina qui aurait dû porter le prénom de sa marraine Louisa, mais comme le grand-père Ferdinand Tamigneaux avait fait remarquer qu’aucune de ses petites-filles ne portait le nom de son épouse, c’est elle qui hérita de ce nom (2). Et Marie-Louise eut le doux nom de Marie-Louise.

1920-1924 . Petite.

Elle avait beau grandir, on voyait bien qu’elle était petite. Et sa maman lui disait qu’elle ressemblait à la “tante Gènie”, à savoir Marie Françoise Eugénie Mosselman, dite Eugénie (3).

1926 . Elle se faisait petite

Son papa, Adolphe Piret, rentre de la besogne avec la lampe à pétrole. Sans bruit, sans rien dire, se faisant toute petite, Marie-Louise prend la lampe et profite d’un reste de pétrole pour aller dans sa chambre. Elle grimpe l’escalier de meunier qui monte à la pièce au-dessus du four. Elle escalade avec précaution le petit escabeau branlant de trois ou quatre marches qui permet d’accéder à la partie supérieure de cette chambre à deux niveaux. Elle se déshabille, se coule en dessous des couvertures et ferme les yeux sans tarder. Tout va bien, elle sera déjà endormie quand la lampe s’éteindra et que le noir de la nuit envahira tout avec son cortège de peurs… La mèche s’éteint, mais la petite fille ne veut pas le savoir.

1927 . « Viens, mon petit ».

Paule est déjà prête pour aller à l’école, toujours la première, avec le panier des dîners. Célina et Odile se disputent et courent devant. Marie-Madeleine sera la dernière, comme d’habitude, parce qu’elle rêve, et parce qu’il lui faut beaucoup de temps pour démêler ses cheveux qu’elle a épais et bouclés. Marie-Louise appelle Alfred, doucement : « Viens, mon petit… »

1928 . Tout le café de maman.

Marie-Louis a soif… C’est vrai que la matinée à l’école a été si longue, et le chemin encore plus. Heureusement, c’est jeudi, et le jeudi après-midi, il n’y a pas école. Alors, elle ferme de temps en temps son livre, elle va à la cafetière, tandis que sa maman reste plongée dans sa lecture, et elle boit, elle boit tout le café de sa maman. Ah ! Elle en a bu, du café, les jeudis après-midi.

1930 . Une grande colère.

Marie Louise est en colère. Comme l’autre fois, quand elle a jeté son sabot. Oui, chaque fois que papa et maman sont partis « à scrène », jouer aux cartes chez les voisins, on dirait que ses sœurs font exprès de se mettre toutes ensemble pour la faire enrager. Elle ne sait plus pour quoi, ni comment, ce soir-là, elle se saisit du vase en cuivre, vous vous souvenez, ce vase avec le col allongé et un bel arrondi tout sculpté dans le bas. Elle le lance à travers tout. Il heurte la porte : il est tout plié ! …

On la dit silencieuse et calme comme sa maman ! … ? … Sans doute. Et aussi colérique comme elle : tante Laure montrait, à la Petite Since, un coup dans la porte : Julia avait jeté de toutes ses forces une bouilloire à travers la pièce.

1931 . On égorge le cochon.

Hiver. Le noir tombe très tôt. Oh, les cris du cochon que l’on traine sur les cailloux de la cour ! Le cochon qu’on égorge. Frayeurs. Marie-Louise déteste ça. Elle prend la lanterne et va se cacher dans sa chambre. Elle disparaît dans son livre de lecture. Demain, elle évitera d’aller regarder sa maman qui gratte les boyaux avec un air de dégoût. Elles ont toutes les deux les mêmes nausées quand il faut toucher le visqueux, le blanc d’œuf, les veaux qui viennent de naître.

1932 . Têtue.

- Non ! Je n’irai pas porter les poireaux à tante Maria !

Sa maman a beau se fâcher, Marie-Louise se ferme et fait la mauvaise tête. Celle-ci pense : il faudra baisser la tête en passant devant l’oncle Edgard et la tante. Il faudra éviter de parler trop fort. Elle a peur de cet air de sévérité.

- Non ! Je ne les porterai pas !

Sa maman lui met de force le panier dans les mains et elle sort au coin de la maison pour la regarder s’éloigner, têtue. Quand Marie-Louise arrive au bout de la grange, encore quelques pas et elle jette le panier dans l’herbe, au pied de la haie. Elle s’enfuit sans se retourner.

Quand elle rentre le soir, le panier n’est plus là. Sa maman ne dit rien. Que sont devenus les poireaux ? On n’en reparlera plus jamais…

1933 . Vive le vélo !

Marie-Louise et Célina vont à l’école à vélo. Vive le vélo, il passera partout, on ne peut plus s’en passer ! Faire les courses, aller aux champs… Et les belles excursions à villers-la-Ville avec les cousins.

- Bî râte y vos faura vos vélo pour daler tchîr !, désapprouve papa.

Aujourd’hui, il dirait certainement :

- t’taleur, les djoûnes pèrdront leû n’auto pour daler…

1934 . Un grand zéro.

Pour ce qui est des rédactions, ses sœurs Odile et Colette ont bien plus d’imagination qu’elle. En un clin d’œil, elles ont fait une description, inventé une histoire. Mais ce qu’elle n’aime pas du tout, ce sont les cours de commerce. Pourtant, elle ne triche pas, alors que c’est une pratique courante autour d’elle. Puisqu’elle ne sait pas, elle met sur sa feuille : « Question une telle, réponse dans le livre page une telle ! »

- Marie-Louise Piret, vous avez un grand zéro !

1935 . … et en vitesse !

Vite, vite ! Onze heures et quart, l’école se termine. Un quart d’heure pour remonter de Nivelles jusqu’à la ferme de Dinant. Comme chaque fois, Marie-Louise a soif. Alors, la première chose qu’elle fait en rentrant à la maison, c’est de descendre directement à la cave. Elle prend de la bière au tonneau avec un pot blanc émaillé, et elle boit à petites gorgées, rapides.

Avec Célina, elle fait les lits, en vitesse. Puis, il faut tourner les sauces pour le dîner. Dresser la table, manger, débarrasser. Faire la vaisselle en vitesse. Quand j’étais petit et que maman nous commandait quelque chose, c’était généralement assorti d’un « … et en vitesse ! »

Mais ne nous attardons pas, il faut retourner à l’école : sept minutes pour faire les six kilomètres jusqu’au béguinage… Il faut dire que ça descend bien, de la Trappe jusqu’au Fontenau. Avec l’habitude, on peut même faire tout le trajet sans tenir son guidon. Marie-Louise va même jusqu’à lire un livre en roulant !

Un jour, - est-ce le cable de freins qui a pris dans la roue ? -, elle est passée par-dessus le vélo, près de l’Hostellerie. Elle était fort écorchée aux genoux. Et, bien sûr, un peu sonnée !

1936 . Une petite valse.

Jusqu’ici, quand toutes ses sœurs se mettaient à danser, cela ne l’intéressait guère. Et on l’a bien embêtée avec ça ! Aujourd’hui, elle va valser pour la première fois, avec le jeune voisin, Jules Paesmans. Marie-Madeleine est au piano. Entre deux valses, prise de nausées, Marie-Louise va vomir à la cour. Puis, elle revient bravement prendre sa place.

1937 . Les garçons.

Marie-Louise et Célina reviennent de l’école à vélo. Joseph Plasman et Jean Verstrepen sont postés le long de la route. Pour bien montrer qu’ils n’attendent pas les filles, ils jouent au « dek », un anneau de caoutchoux qu’on se lance adroitement de l’un à l’autre, l’ancêtre du « frisbee ».

Voici que le « dek » tombe aux pieds de Marie-Louise qui, vivement, descend de son vélo, le ramasse et se sauve à toute vitesse avec le jouet. Un petit coup d’œil en arrière … les garçons les pousuivent ! Vite, plus vite ! La Trappe est avalée, la ferme Bauthier est en vue… ça monte ! Elles vont rapidement, mais les garçons plus rapidement encore. Les voilà rejointes alors que la ferme de Dinant est en vue. Que vont dire les parents de leurs fréquentations ? Marie-Louise essouflée montre avec son doigt :

- Il est là-bas, il est là-bas ! accroché à un arbre !

Et elles s’enfuient toutes les deux de plus belle …

1940 . Marilou.

Paul écrit (lettre du 22 janvier 1940) à son frère François, qui fait son service militaire à Namur : « L’autre jour, au téléphone, quand vous me parliez de Baulers, je ne vous ai pas répondu parce que maman était près de moi. Elle se doute bien de quelque chose, mais je dis toujours non »… Complicité des deux frères…

Quand François vient voir « Marilou », il s’assied dans le coin du salon, près du grand meuble. Il lui dit : « Votre maman, c’est comme un bonbon sur. Quand on l’a sucé un peu, il devient meilleur » …

Souvenirs recueillis par Jacques et Colette Piret, Michèle Plasman et Jean-François Meurs.

Notes :

1) La Cense dite « Djan Mitant », près du « Pont à pierrots ».

2) En fait, son prénom officiel était Elisa, mais on l’appelait toujous Célina.

3) Marie Françoise Eugénie, née à Ophain le 24 décembre 1838. Elle avait épousé à Nivelles le 9 juillet 1868 Florent Joseph HOTE, né à Dhuy le 14 juin 1831, fils de Pierre Joseph Hote et Marie Thérèse Moinil. Elle est nommée Eugénie sur le faire-part de décès de sa sœur Elisa Mosselman dite Célina.

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