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Index des articles > Piret-Magazine n°91 > Hommage à Marie-Louise Piret

Hommage à Marie-Louise Piret
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Marie-Louise Piret

La force spirituelle de Maman

Ce texte reprend et amplifie ce que j’ai dit au cours de l’eucharistie de passage le vendredi 25 mai ; aussi bien l’introduction, que j’avais davantage improvisée, que l’homélie, qui méritait quelques reformulations.

La vie spirituelle, c’est tout ce qui permet de vaincre ses peurs devant la vie bouillonnante, tumultueuse, inattendue, mais fabuleuse et riche en évènements.

Elle était la plus jeune des filles Piret, et elle ne parvenait pas à suivre ses grandes soeurs. Elle était petite et timide, et elle avait peur de tout, peur du noir, peur des animaux de la ferme... Où a-t-elle puisé la force spirituelle pour vaincre toutes ses peurs ? Car on peut mesurer aujourd’hui l’énergie et la force spirituelle qu’elle a déployées pour élever une nombreuse famille, à la force de ses bras, de sa volonté, de son état d’esprit, de ses convictions.

Elle a trouvé cette force chez son papa, courageux, entreprenant, audacieux, pour qui elle avait beaucoup d’admiration. Sous des dehors bourrus, il était très attentif et protecteur pour ses filles. Chez sa maman, cultivée, rêveuse, mais qui avait une autorité de fer. Elle était celle qui pensait l’entreprise familiale. Comme elle, maman a beaucoup puisé dans ses lectures : elle choisissait des romans qui parlaient de la vie familiale, qui mettaient en valeur la vie à la campagne et le travail, qui exaltaient la vie saine et simple. Les états d’âme des bourgeois névrosés par des haines implacables, des jalousies, le goût des richesses insultantes, les complexes maladifs, les passions décadentes la laissaient perplexe !

Avec papa, qui l’avait choisie (elle répétait dans sa petite chambre : “C’est lui qui m’a choisie !”), elle a mené une aventure fantastique. Elle n’avait pas choisi sa vie, il avait choisi pour elle, mais elle l’a assumée (“je l’ai aimé...”). Ils ont trouvé l’un chez l’autre des forces qu’ils ignoraient.

Enfin, Maman a beaucoup puisé dans sa foi, sa confiance en Dieu : l’eucharistie dans sa chère église d’Obaix où elle est allée tant qu’elle a pu ; la prière, ses lectures autour de l’évangile et de la vie chrétienne.

Tout cela lui a donné une force intérieure impressionnante qu’elle communiquait et qui apaisait. Elle le faisait avec peu de paroles. Elle était silencieuse, - trop aux yeux de certains -, mais elle avait fait du silence sa force. Il suffisait de s’asseoir à côté d’elle, il n’était même pas nécessaire de raconter ce qui n’allait pas, elle disait : “ça va aller...” Elle absorbait l’angoisse comme une éponge. On repartait serein. Et ça allait ! ça allait ! On faisait aller... C’était son charisme, jusqu’au moment où elle est devenue trop fragile pour attirer la peine sur elle même pour l’évacuer comme un paratonnerre ou une prise de terre.

Maman nous a donné quelques leçons de théologie, par ses paroles, par ses gestes, par sa vie.

J’ai eu un jour l’effronterie – j’étais encore bien jeune - de lui demander pourquoi elle allumait des bougies et déposait des fleurs aux pieds de la statue de la Vierge. Elle m’a répondu : “Dès que je m’assieds, je m’endors. Alors elles veillent et prient pour moi”. Et de fait, dès qu’elle s’asseyait à l’église, elle s’endormait. Entretemps, j’avais découvert que la prière, c’étaient tous les petits gestes, toutes les petites attentions qui nous mettent en complicité avec Dieu. Les objets, les images peuvent le faire. Mais je dois ajouter que maman ne se contentait pas de n’importe quelle dévotion, elle choisissait des choses significatives et belles.

Et si la statue de Saint Brigitte, protectrice du bétail, se trouve encore dans cette église d’Obaix, là bas au fond, c’est grâce à maman. Lorsque le Père Gaston a rafraîchi la peinture de l’église, et qu’il a fait enlever les statues en surnombre, il a demandé l’avis des paroissiens : ceux qui tenaient à une statue pouvaient se manifester. Maman a demandé que Ste Brigitte, protectrice du bétail... et des familles nombreuses..., soit conservée.

Mais il y a plus profond. C’est d’elle que j’ai entendu dire pour la première fois : “Il y a des gens qui sont nés pour faire plaisir”. Il y a beaucoup de profondeur et de vérité dans ce petit credo. Credo, car il n’y a pas de preuve définitive aux yeux des pessimistes qui ne savent pas décoder l’expérience quotidienne. Cette vision de l’humanité qu’avait maman fait honneur à Dieu. Je l’ai souvent retrouvée ensuite, sous diverses formes et expressions, notamment dans mes lectures. Les plus belles histoires, les plus sensibles, montrent en effet que beaucoup d’humains sont touchés par la grâce, que leur coeur cultive la bienveillance. Sherman Alexie, un auteur indien d’Amérique du Nord dit même, dans le titre d’une nouvelle, que “Les braves gens sont trop nombreux pour qu’on les compte !”. Les braves gens, on en trouve surtout chez les pauvres, chez les humbles. Maman m’a appris que Dieu a mis dans nos coeurs le désir de faire plaisir...

Pendant la guerre, une torpille était tombée tout près de sa maison, à Baulers, creusant un énorme entonoir. On y avait jeté les cadavres de deux chevaux, et on aurait dit deux mouches au fond d’une tasse. Pour combler le trou, on avait amené de la terre provenant du cimetière, et on y voyait encore des os. Avec ses soeurs, elle plaisantait en imaginant la scène lors de la résurrection, chacun réclamant : “Eh, qui a vu mon tibia ? Rendez-moi mon cubitus ! Où ai-je la tête ? ” Elle avait compris que la résurrection de la chair, ce n’était pas redevenir pareils que dans cette vie sur terre, mais le retour au coeur de Dieu, là où il n’y a plus que l’amour. C’est déposer son souffle dans le souffle de Dieu. La résurrection, c’est l’affaire de l’amour.

Toute sa vie, elle a prié. Même toute seule, elle faisait sa prière avant chaque repas. Et je la vois encore, dans son fauteuil, au gîte chez Noëlle, cesser sa lecture, accablée, pleine de bleus après une chute, affaiblie, joindre ses mains et se mettre à réciter comme si elle menait une bataille les “je vous salue marie”, cherchant un apaisement. Elle nous rappelle que la prière naît de notre fragilité, de notre précarité, de notre désarroi. Les mots précarité et prière ont la même racine. Il faut savoir qu’on est perdu pour demander d’être sauvé. Prier est un très beau travail.

Depuis un an, dans sa petite chambre du hôme Corbisier, elle nous montrait ses mains aux doigts longs et fins, les os saillants, ses mains toujours pleines d’hématomes, de grandes taches violettes jusqu’aux poignets et sur tout le bras. Elle les regardait, ses mains, avec une sorte de stupéfaction, un étonnement, et aussi une légitime satisfaction. Elle disait : “Elles ont tellement travaillé !”, “il n’y avait pas de machines !...”. Des mains magnifiques, malgré qu’elles étaient toutes déformées par les multiples travaux. Elle les regardait, montrait la paume, puis le dos, l’air de dire : c’est incroyable ce que j’ai pu faire avec ces mains, ce que j’ai pu faire de ma vie. Quelle somme de travail ! Elle m’a même demandé une fois : “C’est vrai que j’ai eu onze enfants ?” Incrédule, comme Saint Thomas regardant les mains de Jésus. Elle si petite. Elle a été comme la petite boule de levain glissée dans des kilos de farine et qui font lever toute la pâte.

Ces mains qui ont pétri le pain. Un pain savoureux, avec juste ce qu’il faut d’eau, de sel, de levain. Papa ne voulait pas de pain qui ne soit pas pétri par elle. La voir boxer et retourner cette énorme masse de pâte dans le pétrin, 20 kgs qui tournaient dans ses mains magiques ! Pour moi, ces mains seront à jamais liées à la lessive, mais surtout à ce pain.

Ces mains, je vous les livre comme parabole de Dieu aimant : Dieu a beaucoup travaillé, et il travaille encore beaucoup pour pétrir amoureusement notre humanité et la rendre savoureuse. Ce sont des mains qui caressent, qui bénissent, qui protègent, et qui travaillent abondamment.

Les mains de Dieu ont de grandes taches. Ce sont les mains ensanglantées de Jésus crucifié. Ces mains qui étaient si bonnes, qui bénissaient et caressaient et guérissaient, et qu’on a voulu immobiliser. Comme si on pouvait empêcher les mains d’être bonnes ! Mais on ne peut arrêter les mains de Dieu. D’ailleurs, nous pouvons lui offrir les nôtres.

La vieillesse, la fragilité, ont fini par immobiliser les mains travailleuses de maman, ces mains magnifiques qui ont fait tant de bien. Ces mains qui, maintenant, continuent de prier pour nous, et pour chacun de vous.

Jean-François

31 mai 2012

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