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Index des articles > Piret-Magazine n°101 > Vital Lavianne et Pierre Dubois

Vital Lavianne et Pierre Dubois
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Vital Lavianne et Pierre Dubois

Deux cousins, sur le front de l’Yser, se retrouvent, s’écrivent. Ils parlent de la guerre et de leur famille.

Vital, né à Nivelles le 22 décembre 1892, y décédé le 31 mai 1937, à la ferme du Laid-Patard. Il était fils de Jules Lavianne (1) et Alexandrine Lecrinier. Il avait épousé Jeanne Jeanfils, de Liberchies. Combattant de la « Grande Guerre », il fut sous-officier, décoré de la Croix de guerre, de la Croix de Feu, de la Médaille de l’Yser, de la Médaille Commémorative de la Grande Guerre, de la Médaille de la Victoire, comme le rappelle son faire-part de décès.

Vital a eu beaucoup de chance pendant toute la guerre, et il semble souvent bien s’en tirer. Fûté, il avait appris le morse pour devenir télégraphiste et quitter le front pour un poste plus abrité à Furnes. Mais dans les derniers mois, au moment des grandes offensives en 1918, plus personne n’était à l’abri, tous étaient envoyés au front. Il fut atteint par les gaz et il en garda des séquelles pour toute sa vie : il avait toujours les pommettes rouges, enflammées, et il faisait son travail de fermier péniblement, comme il le pouvait, et quand il le pouvait.

Pierre Dubois était le fils de Jules Dubois et d’Odile Lavianne, sœur de Jules (1). Il avait des racines nivelloises bien établies par les Dubois et les Chantrenne (2), et gardait des liens très proches avec ses cousins Piret de la ferme de La Loge. Il naquit à Houdeng-Goegnies le 8 septembre 1890. Il fut ordonné prêtre à Tournai le 10 août 1913.

Au moment où la guerre éclate, il s’engage comme aumônier militaire. Les années passées au front de l’Yser le marqueront si profondément qu’il dira avoir perdu le goût de vivre. Il entre à la Trappe de Saint Sixte à Westvleteren en 1926, « pour rester proche de ces terres où il avait ramassé et emporté les cadavres de tant de compagnons blessés ou morts à la suite des combats ». Pendant des années il célébra l’eucharistie du fameux pèlerinage de l’Yser, tant que cette manifestation ne fut pas récupérée par les mouvements flamingants. Parmi les nombreuses charges qu’il assumera à l’abbaye, il remit sur pied la brasserie de cette fameuse bière trappiste qui figure actuellement parmi les plus appréciées. Il s’attacha à retracer l’histoire de l’abbaye des Dunes de Coxyde, cherchant dans les archives de Poperingue, et il fut à l’origine des fouilles qui ont mis à jour les ruines de l’abbaye disparue dans les sables. Pendant la guerre de 1940/45, il entra dans la résistance et cacha les archives du général Montgoméry. Il est décédé à l’hôpital de Louvain le 12 juin 1963.

 

Pendant les premiers mois de 1915, Pierre Dubois signale dans ses carnets qu’il va voir Vital tous les soirs. Il prend parfois un vélo. Et ils boivent un verre ensemble : Cointreau, cognac, vin rouge, vin blanc, bière…

Vital est habituellement bref dans ses lettres. Il écrit le 15 janvier 1915 : Un nouveau fléau, le typhus. Je suis installé dans une ferme à Bray Dunes pour un temps de repos. Aucune nouvelle de la maison. Il y a peu de papier au front pour écrire. Et le 21 janvier 1915 : Nous sommes en position devant Oostkerk. Il fait assez dangereux. On est installé dans une prairie et il y a des boues quelque chose de phénoménal.

1er février 1915, Pierre écrit dans son carnet : Je revois Vital, nous buvons ensemble une bonne bouteille de rouge. Quel plaisir de causer après tant de temps de séparation. Le soleil luit, il ne fait plus soir comme lorsque nous nous rencontrâmes il y a quelques jours. Mais comme on a peur de causer de la famille, du pays, nous causons de la guerre, toujours de la guerre, et on se dit quand cela va-t-il finir ?! Puis je reviens allègrement. A gauche, le soleil éclaire les dunes jaunes. Quelques arbres s’en détachent. Le paysage est joli. Ah qu’elle doit être belle de l’autre côté des dunes, la mer immense. Quand irai-je jusque Bray-Dunes la contempler.

Vital a reçu des nouvelles de la famille et il écrit à Pierre le 1er avril 1915. Forthem. Mon cher cousin. Installé sur un canon, au soleil, je profite d’un moment de loisir pour t’écrire. Je viens de recevoir des nouvelles de la maison en date du 19 mars. Tout va bien : Marthe (3) vient souvent passer quelques jours au Patard. Quant à Germaine (4), elle est rentrée chez toi, par mesure sanitaire. Figure-toi qu’ils ont reçu le 25 janvier une lettre datée du 28 août et le 18 mars une carte du 24 décembre. Réjouis-toi, notre famille s’est agrandie : Julia Tamigneaux (4) a mis au monde une fille qui porte le nom de Marie Madeleine.
Je viens ici d’être témoin oculaire d’un combat aérien (à 4h au soir) : un foutu boche descendu par deux avions, un anglais et un français. Le réservoir à essence ayant pris feu, le vliegmachiene fit une descente assez rapide. C’était magnifique. On poussait tous des « Hourrah » en voyant l’aéroplane s’abattre.
Le métier d’artillerie devient désagréable. On prend maintenant des positions fort avancées et dangereuses, évidemment. Nous sommes toujours aux environs de Oostkerke et Caeskerke (5). En attendant un changement dans la situation, reçois mes meilleures amitiés. Ton cousin Vital.

Entretemps, Pierre lui annonce qu’il est insatisfait de son travail de bureau et qu’il introduit une demande pour faire partie d’une unité combattante, comme aumônier infirmier de batterie. Vital lui répond le 14 avril 1915. Mon cher Pierre. J’ai bien reçu ta lettre. Eh bien ! Permets-moi de te dire que tu as des idées tout à fait singulières. N’oublie pas qu’ici tout est aquilon et à l’Etat Major tout est zéphyr (6); surtout à l’heure actuelle où on fait approcher excessivement près de l’Yser les batteries de soixante quinze. Ainsi donc, dimanche, nous avons été obligés d’évacuer nos pièces, les boches ayant repéré notre position, nous envoyant quelques pruneaux de gros calibre (des 15.5). Voilà donc un exemple qui prouve bien qu’il fait très dangereux, aussi, je te déconseille de postuler un tel emploi, les infirmiers étant aussi exposés que les servants.
Maintenant, si tu veux absolument risquer ta peau, il y a un nouveau régiment en formation aux environs de Calais : ce sont des pièces portugaises avec des servants belges, et il faudra nécessairement un infirmier par batterie, comme dans toutes les autres batteries, déjà servies. Voici encore un double désavantage : solde et nourriture ?! Est-ce assez ?
Il y a actuellement un aumônier militaire par groupe d’artillerie, donc un pour 3 batteries. En attendant que tu améliores tes idées, je te souhaite bon courage. Ton cousin qui t’aime. Vital.

Le 21 juin 1915. Vital signale qu’il reçoit des nouvelles mensuellement et assez régulièrement.

Son cousin Pierre a obtenu sa mutation. Vital réagit le 4 décembre 1915 : Mon cher Pierre. Ah ! Mon cher cousin, tu as perdu le tuyau ! Tu vas maintenant venir patauger la boue mastique de l’Yser et risquer tu sais quoi, hein ! Décidément, tu as des idées singulières. Mais moi, j’ai le tuyau pour passer l’hiver assez tranquillement ; je suis encore téléphoniste, d’occasion, naturellement. Je vais à l’observatoire de Nieuport un jour sur quatre, ce qui n’est pas trop, et je suis hors ménage (avec I.P.V.). Ma résidence est la ferme « Allaertshuizen » qui n’est pas dans ton secteur, mais il y aura encore moyen de se voir.
Les nouvelles de la maison sont rares ; la dernière lettre date du 12/10, seulement, j’ai reçu mes étrennes le 15 du mois dernier, par l’intermédiaire d’une nièce de notre propriétaire, et qui était rentrée de Hollande.
C’est tout ; de ma santé, inutile d’en parler, elle est toujours excellentos, et j’espère que la tienne ne faiblira pas pendant la campagne que tu viens imprudemment d’entreprendre.
Bon, mon cher Pierrot, en attendant le plaisir de te revoir, je t’embrasse bien affectueusement. Vital Lavianne, A 133, 88e batterie.

Le 2 mars 1916, Vital est à Furnes comme télégraphiste. Il apprend le morse. Il ne reçoit plus rien de la maison. Le 12 décembre 1916, il est dans la section « chocolat » (7) avec les anglais.

Vital s’est marié sans doute le 26 décembre 1918, comme en témoigne le menu encore tout imprégné des souvenirs de la guerre : Potage Américain, Timbales Nivelloises, Rôti de bœuf à l’Anglaise, Canadas frits, Chicons à l’Italienne. En intermède : Obus de l’Yser. Reprise du banquet avec : Poulets à la Française, Croquettes Bulgares, Salade Russe, Fruits, Gâteau nuptial, Desserts.

Un autre banquet sera donné au Laid-Patard le 22 janvier 1919, en souvenir de la victoire. Un aclot bien connu y participait, - Pierre Dubois y fait allusion dans une lettre à sa filleule : Bavon Thirion (8). Le menu est de la même veine : Potage du Laid-Patard, Rôti de porc Canadien, Chicons à la Roumaine, Patates Dixmudoises, Saucisses Japonaises, Légumes Ecossais, Pommes de terre Normandes, Poulets à l’Italienne, Compote Tirlemontoise, Gâteau de la Victoire, Fruits-Desserts.

 

Notes:

  1. Les liens de parenté s’établissent comme suit : Octavie HOLOFFE épouse en secondes noces François LAVIANNE. Le couple eut cinq enfants : Célina, Maria, Jules, Odile, Adolphe, Elisa. Vital Lavianne est le fils de Jules Lavianne et Pierre Dubois est le fils d’Odile Lavianne et Jules Dubois. De son premier mariage avec Maximilien Croône, Octavie avait eu une fille, Colette, qui épouse Alfred PIRET, fermier à La Loge. Dont Adolphe, qui épouse Julia TAMIGNEAUX : à l’époque, ils habitaient encore la « xense Djan Mitan » à Arquennes ; ils reprendront la Ferme de Dinant à Baulers en 1921.
  2. Pierre Dubois était le fils de Jules Dubois, né à Nivelles le 15 juillet 1865, petit fils de Loups-Venant (on trouve parfois Louvenant) Dubois et Elisa (ou Elisabeth) Chantrenne, née à Nivelles le 4 avril 1844. Celle-ci était la sœur de l’industriel Jules Chantrenne, né à Nivelles le 31 août 1846, dont il est question plusieurs fois dans le Rif tout Dju spécial 1914/1918, n° 518 de mars 2015. Jules Chantrenne fut arrêté par les allemands du 10 avril 1915 au 1 juin (p. 16 et 17). Il sera de nouveau arrêté le 3 octobre 1916 et échappa de peu à la déportation (p. 36).
  3. Marthe et Germaine Dubois, sœurs de Pierre.
  4. Julia Tamigneaux, fille de Ferdinand, entrepreneur nivellois bien connu. Elle avait épousé Adolphe Piret, cousin des Dubois et Lavianne par sa maman Colette Croône, demi-sœur d’Odile Lavianne, maman de Pierre Dubois. Voir note 1.
  5. Il suffit de taper « Caeskerke 1914 » sur le moteur de recherche Google pour avoir des images impressionnantes.
  6. Belle métaphore, le vent âpre du nord opposé à la brise du sud… peut-être pour « amadouer » la censure ?
  7. J’ignore ce que cela signifie. Si quelqu’un a une idée, merci de me la communiquer.
  8. Victor-Bavon Thirion, né à Nivelles le 11 novembre 1874, décédé le 16 août 1927. Il fut professeur à l’Athénées Royal de Nivelles. Il avait fait partie du comité des fêtes en l’honneur de Marie d’Oignies le 23 juin 1913, trésorier et responsable de la section presse et propagande. Il a donné quelquefois le départ du tour de Ste Gertude.
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