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1940, La famille Ballieu - Souvenirs de guerre
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Famille Ballieu

Souvenirs de la guerre de 40/45

Récit d’Albert et Joséphine, enfants d’Alphonse Ballieu et Lydie Tamigneaux. Ils habitaient Bruxelles, Saint-Josse, chaussée de Louvain, où ils tenaient une imprimerie et un commerce de papeterie.

« Ma maison ! … »

Les premiers jours de la guerre, le 10 mai 1940, vers 5h17 du matin, une bombe est tombée sur la maison BALLIEU, chaussée de Louvain, n° 13. Une photo a paru dans le journal « Le Vingtième Siècle » du lendemain, samedi 11 mai 1940, avec la légende : « Au cours de l’alerte aérienne sur Bruxelles, hier matin, un obus de la D.T.C.A. est tombé et a explosé sur une maison de la place Madou, à Bruxelles. »

La légende du journal laissait croire qu’il s’agissait d’un obus de la DTCA, Défense Terrestre Contre les Avions, donc belge. Mais il s’agissait bien d’une bombe allemande, d’environ 60 cm sur 30 cm qu’Albert a vue au-dessus des gravats dans la cave, dont le carrelage avait été soulevé. Il n’y eut guère d’autres cas à Bruxelles, en dehors des nombreuses petites bombes incendiaires, puis des V1, dont un qui est tombé à moins d’un kilomètre de là.

La maison endommagée est illustrée dans au moins deux livres, et un troisième en parle, sans oublier les passages à la Télé lors de plusieurs documentaires se rapportant à la guerre de 1940. Ces photos sont conservées au Musée de l’Armée.

Lors de l’exposition « J’avais 20 ans en 1945 », organisée au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles en 1995, une vue de la maison était projetée sur l’écran de cinéma, avec celles d’autres immeubles sinistrés, et Albert s’est écrié « ma maison ! », suscitant l’étonnement des autres personnes qui assistaient à la projection, et qui ont demandé à Albert des explications au sujet de sa réaction…

 

Le bombardement et la fuite

Albert raconte : « J’étais monté au grenier pour voir sur quoi tiraient les canons et, voyant dans le ciel venir plusieurs avions droit sur la maison, je suis descendu au deuxième étage pour dire à mon frère, qui dormait devant, et à ma belle-sœur, qui dormait derrière, de descendre à la cave. Mais en parlant à mon frère, j’ai vu la façade s’ouvrir, et je me suis dirigé vers l’escalier resté intact. Vu l’urgence et l’inconnu du danger, j’ai empoigné ma nièce avec son matelas, car elle était attachée, comme on faisait pour les bébés de quelques mois. »

Marguerite, épouse de Robert, logeait au 13 chaussée de Louvain, avec sa petite fille Paule, née en février 1939, qui avait un peu plus d’un an. Robert, comme lieutenant de réserve à la DTCA, était mobilisé dans les Flandres à West-Roosebeke, près de Roulers.

Ferdinand s’est retrouvé deux étages plus bas avec son lit, sur les gravats, dans la rue…  

« Maman, déjà levée, allumait la cuisinière qui se trouvait dans la partie de devant, qui sera détruite. Elle se dirigeait vers l’arrière quand elle a vu tomber à ses pieds la pendule en onyx. Papa dormait à l’annexe de derrière et n’avait rien entendu, étant au centre de l’explosion. »

Personne n’a été blessé, et c’est un miracle ! « Heureusement que nous n’étions pas à la cave, car le sol était soulevé par l’explosion. Le reste de notre maison du 13 (la moitié du bâtiment) n’a pas été fort endommagé par l’incendie qui a suivi la déflagration, mais le vent fort soufflant, comme toujours, de la Place Madou, a détruit entièrement la maison du n° 15 de la chaussée de Louvain. »

« J’étais avec papa, sur les marches de l’escalier de l’imprimerie, et voyant les flammes, j’ai dit : ‘l’Amérique ne tardera pas’. Pour mémoire, l’Amérique était entrée en guerre contre l’Allemagne le 6 avril 1917 après la guerre sous-marine à outrance. Pour cette seconde guerre, il faudra attendre le 7 décembre 1941, lorsque les japonais détruiront la flotte américaine à Pearl Harbour. »

Pour fuir l’incendie et quitter la maison, tout le monde est sorti par la cour située derrière l’atelier, franchissant - grâce à une échelle - les tuiles faîtières du mur mitoyen. Ils sont redescendus de l’autre côté avec la même échelle, chez un voisin de la rue Scailquin chez qui ils ont trouvé un premier refuge. Ils sont donc restés tous un moment sur ce mur, mais dans le feu de l’action, personne ne pensait au danger ! Ce n’est qu’après coup qu’ils ont éprouvé la frayeur : ces tuiles sont devenues « un toit » dans les souvenirs de Marguerite rapportés par Paule. Albert avoue qu’il était resté sous le choc, stupéfié – « comme le chat qui est resté plusieurs jours sous la baignoire » - et que les souvenirs se sont estompés…

Ghislaine était à l’Institut des Filles de la Sagesse, rue du Mérinos, à Saint-Josse. La supérieure s’est informée s’il y avait des blessés, et elle lui a permis de porter quelques secours.

Les parents sont allés prendre logement chez Joséphine et Omer, rue Bonaventure, 92, à Jette. Albert a été hébergé chez Ghislaine, seul homme parmi les jeunes filles pensionnaires ! Ferdinand, qui était déjà malade, a séjourné à l’hôpital.

 

L’évacuation d’Albert et de ses parents

La famille décide d’évacuer. Une consigne pour tous : rendez-vous à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée, qui est la Maison mère des Filles de la Sagesse et des Pères Montfortains. Ghislaine et Marie y avaient déjà vécu durant la période de leur noviciat. C’est là que Ghislaine et les religieuses de sa communauté se sont réfugiées d’abord, avant de poursuivre leur voyage jusqu’à Salies-du-Salat en Haute Garonne.

Vers le 15 mai, Albert est parti avec tante Lydie et oncle Alphonse. Un train avec des banquettes de bois. Il était important qu’Albert évacue, car, bien que réformé après son service accompli en 1936, il était susceptible d’être recruté comme militaire. Il est donc parti avec tous les jeunes gens pour un long voyage, très lent, sans cesse interrompu à cause de bombardements.

Ils sont arrivés, vers le 20 mai, à Bagnères-de-Luchon, ville bien connue comme étape du Tour de France, dans les Pyrénées, à la frontière espagnole. Là, il devient « Maître d’hôtel » chez la Mère Paloubard, une veuve d’environ 50 ans. Il devait régler l’intendance des trente belges qui y logeaient. La Mère Paloubard, hôtelière, avait un petit air maternel. Un mot de patois, « Macareille » revenait souvent dans sa bouche… et dans celle d’Albert, sans qu’il sache ce que cela signifie, mais il provoquait le rire. On le devine, c’était une injure.

Le 28 mai, jour de la capitulation de Léopold III, les français injurient les belges. L’Histoire dira plus tard « à tort ». L’hébergement des évacués était aux frais de la Mairie, ce qui créait un malaise.

De là, Albert écrit à Ghislaine, au couvent de Saint-Laurent-sur-Sèvre, et c’est ainsi que Joséphine et Omer iront les rejoindre à Bagnères.

 

Les tribulations de Joséphine et Omer

Joséphine et Omer sont partis en train le 15 mai vers 10h00, en destination de Courtrai où ils sont arrivés seulement le jeudi 16 vers 17h00. Les bombardements pendant le trajet expliquent la durée du parcours. Là, Omer tenant à accomplir son devoir civique, rejoint les hommes mobilisables pour franchir à pied la frontière comme les autres jeunes du « C.R.A.B » (Centre de Recrutement de l’Armée Belge).

Restée seule, Joséphine fait tout pour rejoindre Menin par train vapeur. La localité avait été déjà bien bombardée. « Arrivée à Menin, il fallait attendre jusqu’au lendemain 17 mai pour passer la frontière à pied. Au moment de franchir cette frontière, j’ai vu avec quelle facilité les hommes mobilisables pouvaient passer, sur le seul vu de leur carte d’identité. Ce qui me fit regretter amèrement de ne plus être avec Omer. Une fois de l’autre côté, j’ai cherché un logement et me suis renseignée sur l’horaire des trains via Lille. Me voyant en difficulté, une brave famille française m’a offert le logement pour la nuit. Le matin, après une nuit entrecoupée d’alertes, le papa m’a conduit à l’autobus menant à la gare de Lille. »

« A Lille, il y avait un encombrement fou. De plus, je devais connaître la distance de Lille à Saint-Laurent via Paris. Pour prendre ce train, il fallait rejoindre la gare à Haubourdin. Je me suis embarquée dans un wagon à bestiaux, avec comme confort de la paille contre redevance. Quitter ce moyen de locomotion était exclu : j’étais dans un train de réfugiés. »

« De Haubourdin, nous avons été dirigés vers Calais, et nous sommes arrivés à Marquise le samedi 18. Le lendemain, dimanche 19, impossible d’obtenir un ticket sans posséder un laisser-passer à obtenir de la gendarmerie. Le train de réfugiés devait rester immobilisé deux jours. Le bureau militaire à Marquise me conseille alors de faire de l’auto-stop à une voiture belge se dirigeant vers Boulogne. L’après-midi, je vois des camions militaires avec des évacués de Gand. Je reconnais le collet militaire de l’artillerie, alors je pose la question de savoir s’ils n’étaient pas du 12ème A, régiment de Joseph. C’étaient des liégeois. Je me rends compte à ce moment de la rapidité des opérations militaires et, voulant m’éloigner le plus tôt possible, j’ai demandé s’ils ne pouvaient pas se charger de moi, pour rejoindre Angers, car il n’y avait pas de train avant deux jours. Cela a réussi, et je me suis retrouvée ‘militaire de contrebande’.

« Boulogne, Montreuil, détour par Hesdin, nous sommes dirigés sur Abbeville, qui subit une attaque sérieuse sous le feu des avions allemands. La colonne militaire s’arrête, le camion est tombé en panne. Les soldats décident de continuer à pied, moi itou, jusqu’au matin. Nous atteignons Rouen sous un ciel calme. »

« Rouen, Evreux, Alençon… Je quitte la colonne et me dirige vers la gare afin de prendre le train pour Le Mans. Nous y recevons du ravitaillement, et je peux dormir dans un wagon pour voyageurs. Au réveil, le train part pour Angers, puis continue jusqu’à Cholet où je reçois ravitaillement et logement dans une famille d’accueil. »

« Le service d’autobus fonctionne entre Cholet et Saint-Laurent. J’y trouve Ghislaine, qui avait reçu une carte d’Albert donnant leur adresse à Bagnères de Luchon, et une carte d’Omer donnant aussi son point de chute : Cruzy dans l’Hérault. J’écris à Omer pour l’informer de ma prochaine destination »

« Le 25 mai, j’ai obtenu de la mairie une attestation qui me permettait de terminer mon aventure. J’ai repris le chemin de Cholet, puis le train pour Angers, Nantes, Toulouse, Tarbes. Je passe la nuit au Centre d’accueil. Le 26, enfin, je retrouve la famille à Bagnères de Luchon. »

« Grâce à un laisser-passer fourni par la Mairie, Omer peut nous rejoindre, avec l’aide d’un certificat d’un hébergement assuré à Bagnères. »

 

Le retour et la reprise du magasin

Peu après le 25 août, le voyage de retour a commencé, en wagons à bestiaux, sans siège, avec la double porte ouverte. Albert s’asseyait avec les jambes pendantes dans le vide. Il ne fallait pas oublier de les retirer à l’approche des gares, à cause des quais.

En septembre 1940, ils ont trouvé un logement au 61 de la rue Scailquin. Il s’agit actuellement d’un bâtiment moderne.

Marie était au couvent de Montignies aux premiers jours de la guerre ; elle y est restée sans évacuer.

Joseph, rentré de l’armée, démobilisé, a découvert la maison détruite, toute la famille absente. Il a subi un choc. Il est allé à la ferme de Baulers, chez les Piret, durant plusieurs mois.

Albert ne se souvient pas de ce qui est advenu de Ferdinand, entre son séjour à l’hôpital, le 10 mai, et le 17 octobre 1940. Rien non plus en ce qui concerne Marguerite et Robert.

En mars 1941, le magasin est ouvert au 17 chaussée de Louvain, avec les rayons et le comptoir qui ont échappé au désastre du 10 mai 1940. Il a fallu attendre que le propriétaire répare la petite partie éventrée du mitoyen 15-17. Dans cette petite maison, il y avait magasin avec cuisine en bas et deux chambres au premier.

En avril 1942, la maison du 13 est solidement reconstruite et le magasin définitif est réouvert. La cuisine est au rez-de-chaussée, les parents occupent le devant du deuxième étage, et Albert le devant du troisième. Le premier étage complet et une partie du second à l’arrière sont loués, pour avoir des ressources.

En 1946, après la guerre donc, le magasin est agrandi : il occupe la cuisine, la salle-à-manger et le bureau du bas.

En 1966, le commerce s’étend encore, mais, surtout, Albert a obtenu des logements plus grands pour les sept occupants. Il y eut un premier refus de la part du Bourgmestre, très réticent, car la construction dépassait le gabarit de 50 centimètres. Albert a utilisé l’argument d’ « insalubrité » à cause de la circulation devenue envahissante, et c’est ainsi qu’il a obtenu, malgré tout, l’autorisation.

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