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Index des articles > Piret-Magazine n°3 > Tous des « tchiyaux »

Tous des « tchiyaux »
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Tous des « tchiyaux »

Petite philosophie à usage familial

On peut s’en défendre, bien sûr. Pourtant, quoiqu’on fasse, les images de l’enfance, pour subjectives et fragmentaires qu’elles soient, s’imposent avec une rare force et marquent définitivement nos modes de pensée. Vous connaissez sûrement le « truc » de la « madeleine de Proust ». On le reprend à toutes les sauces. Pourquoi pas à la sauce familiale ? J’ai donc pris le mot « ITTRE », l’ai laissé fondre dans mon cerveau et, de fil en aiguille, de souvenir en souvenir, oh surprise, j’ai été conduit là où je ne m’y attendais pas. Et pourtant !… il n’y a peut-être pas de quoi s’étonner ?!!

Le mot ITTRE éveille aussitôt chez moi deux images-force : une voie de tram et une drève de peupliers…

Nous avons eu la chance, à Obaix, de ne pas avoir de voiture pendant longtemps. Pardon de parler de « chance » auprès des bonnes volontés qui, souvent, nous ont ramenés à Obaix en voiture. Mais du coup, toutes les expéditions à Baulers ou ailleurs commençaient par une mise en jambes jusqu’à la gare. Puis, il y avait le train, de gare à gare, dans le cas d’une visite à Ittre : Obaix- Nivelles, jusque là, pas de problème, il y en avait régulièrement.

Avec le tram, c’était autre chose ! Mes jambes éprouvent encore une sorte de terreur à l’idée de l’interminable marche sur les voies. Mais il y avait eu d’abord un premier trajet en tram jusqu’à Bois-Seigneur, depuis la chaussée de Bruxelles, qui se terminait par une longue montée entre deux files de peupliers. Nous nous demandions s’il y aurait une correspondance jusqu’à Ittre ; sinon, il ne nous restait plus qu’à sauter de bille en bille entre les deux rails de fer. Nos petites jambes ne nous permettaient pas de passer de l’une à l’autre, sauf en courant ou en nous déhanchant dans une mouvement laborieux. Cela demandait un tel effort que, dans la concentration, tous les bruits autres que les éboulements du ballast que nous faisions rouler sous nos pieds disparaissaient. Tout le paysage aussi était oublié. Nous faisions le vide.

Et tout à coup surgissaient les peupliers de la drève de Scôte. C’était incroyable : toute la vie réapparaissait dans un bruissement de feuilles et de chants d’oiseaux sous le soleil. Il y avait encore des cailloux sur le chemin en bas, mais dès que les pieds faisaient « pouf pouf » dans la poudre presque blanche, on était en haut.

Je n’ai jamais vraiment compris comment mes frères qui, pourtant, peinaient aussi sur les voies du tram et se plaignaient parfois, n’avaient alors rien de plus pressé que de dégringoler à nouveau jusqu’au Ry Ternel avec les cousins, ou dans le fond de la prairie derrière la ferme où il y avait une source et une petite rivière. Et ils tiraient la langue pour remonter ! C’étaient des galopades désordonnées que je compare aujourd’hui à l’instinct des chiens qui explorent un territoire pour se l’approprier. Moins on est nombreux, plus il faut bouger pour être partout à la fois et occuper le terrain ! Pour ma part, je préférais attendre dans la cour de la ferme qu’ils remontent. Ce qui ne tardait guère.

Dans la grange, il y avait une balançoire faite d’un long « combia » attaché à une poutre et d’une simple planche. C’est la plus haute balançoire de mes souvenirs. Les plus grands, à deux se faisant face, debout sur la planche qui servait de siège, faisaient là-dessus des courses vertigineuses. Marie-José et Michèle, Mimile et Remy. « Ecartez-vous, les petits ! », et on nous faisait comprendre que c’était dangereux, et que pour nous, ce serait notre tour, nous devions rester sagement assis sur la planche.

J’ai essayé une fois. J’avais attendu d’être tout seul. J’ai encore la sensation du cœur qui se soulève et du sang qui monte à la tête ! Je suis vite revenu m’asseoir, comme à mon habitude, auprès des tantes qui discutaient, et où j’écoutais en me faisant oublier.

Sur le pas de la porte, je surprend une confidence de Christiane à je ne sais plus quelles cousines : « Je ne peux plus manger de bananes parce que je suis constipée ». Elle le disait avec un air grave, et j’ai été inquiet pour elle qui avait une si terrible maladie… Jusqu’à ce que je sois allé voir le mot au dictionnaire. Mais il m’est resté une méfiance et une aversion pour les bananes.

De fil en aiguille, libéré peut-être par le précédent, un autre souvenir refait surface. J’entends Tante Paule dire en riant : « Les Piret, on finit toujours par parler de cacas ! » C’est vrai ! Oh le beau sujet, intarissable, infiniment plus personnel, plus vital et moins banal que celui de la pluie et du beau temps. Sujet plein de nuances. Oui, ne vous en déplaise, en famille, nous parlons de cacas, c’est le point d’appui de notre métaphysique, c’est l’intuition fondamentale et fondatrice de notre réflexion philosophique. Parménide et Aristote ont eu la révélation fulgurante de l’ETRE : « Ce qui est, est ! ». Descartes, dans son doute systématique, trouve une vérité incontestable pour rebâtir le réel : « COGITO », « Je pense, donc je suis ». Sartre existe par ce qu’il FAIT. Pour nous, tout être qui vient au monde est un « TCHIYAU ». Notre grand-père précisait : « Tchiyau dins lès brikes è dins lès cayaus », soit encore un « Pousse pou tchîr ».

Le caca, à en juger par les conversations des « matantes », c’est - bien avant le succès de cette idéologie -, notre pensée écologique. Elle permet de juger de la qualité de la vie. Par lui, on sait non seulement qu’on existe, mais qu’on vit. Excusez-nous du peu !

Jean-François

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