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Index des articles > Piret-Magazine n°73 > Noël à Obaix il y a 50 ans

Noël à Obaix il y a 50 ans
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Noël à Obaix il y a 50 ans

Lettre de Cousine Octavie Dubois à son frère Pierre,
le 29 décembre 1957

 

Octavie Dubois, née à Bois-d’Haine le 2 juillet 1896, décédée à Bruxelles le 4 décembre 1974, fille de Jules Dubois et Odile Lavianne. Cette dernière était demi-sœur de Colette Croône, épouse d’Alfred Piret. Elle a beaucoup fréquenté la famille Piret à Baulers, puis la famille Meurs à Obaix…Grande épistolière, elle avait la plume facile et prolixe !

 

Bonne et Heureuse année ! Santé satisfaisante en 1958. Ce sont nos bons vœux à Noël pris devant la crèche d’Obaix. Cette année encore nous avons partagé avec nos chères cousines la joie de ce jour de fête bien réussie. Une crèche vivante à l’église où les enfants Meurs représentaient largement les personnages, un temps printanier dans la journée et une ambiance familiale et joyeuse si accueillante nous laissent une participation consolante à leurs festivités. Nous serions plus seules sans cela.

Vers les 8 heures le soir, les familles Thomas et Plasman s’amènent en voiture. On soupe gentiment et sobrement, car tout le monde viendra à la Messe de Minuit et y communiera. Les Thomas ont perdu leur procès jusqu’en appel et la facture va suivre et devra être vite payée sous peine d’exécution. Bilan de l’année, perte de 200.000 francs au moins. Dans la journée ils allaient assister au dîner de fiançailles de leur fils aîné à Fosses. Il faudra caser celui-là aussi cette année. Tous t’envoient un affectueux souvenir car on parle toujours de Parrain Pierre quand je suis là.

J’ai ramené Jean-François pour faire soigner ses yeux qui clignaient souvent. Eczéma et inflammation chronique des paupières, c’est ce qui l’incommode continuellement. Il va bien se soigner et est reparti avec gouttes, pommade et savon « Dermacide » à son usage personnel. C’est encore une façon de les aider en veillant aux soins essentiels. Ils sont bien portants en général. Mais Irène est transformée, de tout l’an dernier, et de la gelée royale aussi.

Jules est revenu le jour de Noël avec un beau résultat, 86 %, 2e. Ils avaient assisté aux 3 messes de minuit et se sont couchés, et à 5h ½ se trouvaient à la gare de Tournai pour un retour matinal. Ça c’est une bonne discipline et quand on est garçonnet, on ne s’attarde pas et on file, heureux de surprendre sa famille. Paul avait aussi plus de 85 % et 2e. C’est une joie de les voir se maintenir et travailler malgré la grippe et les maux de ventre qui ont pris la jeunesse en traître ce trimestre.

Et toi, comment vas-tu ? Quelle surprise que ce timbre étranger sur ta lettre. Tout de suite on pense, il est sous d’autres cieux, donc en bonne santé, bien allant et résistant au temps qui pourrait être dur sur les côtes. Je me suis réjouie des joies que tu pouvais encore avoir dans ce pèlerinage. Nous avons une similitude de sentiments vivaces à l’égard des souvenirs heureux qui ont marqué notre vie, plus que la banalité d’autres existences. Ce sont les attentions de la Providence au cours des difficultés de la guerre qui nous raccrochaient à un secours original d’où découlèrent d’autres bienfaits. Le passage à Fayt de Tante Viteau fut bienfaisant et les connaissances que tu fis depuis tes rapports avec eux t’ont élargi les idées et les vues que tu eus, sur un monde différent du nôtre. Il y a des appelés et des élus partout.

Je viens de passer de longues heures à préparer le nécessaire pour un bébé arrivé à l’improviste avec papa chômeur. J’ai fait diligence et j’ai reçu la veille de Noël un mot de remerciement aimable, pour avoir transformé la pierre froide de la Crèche en un berceau bien chaud. À quoi de meilleur employer un temps précieux. Profitons-en vite tant que le Bon Dieu nous le donne en notre appartement douillet. J’emploie les vieux lainages propres pour constituer des couvertures pour les petits, les recouvrant de cretonne fleurie.

J’ai envoyé mes souhaits de Noël et de Nouvel-An avec de jolies images éditées par les missionnaires maristes de Genval. Et cela fait plus de bien que les banales cartes, il y a un rappel significatif de la Sainte fête et une pensée pieuse.

La salle à manger d’Obaix était intime avec une profusion d’étoiles brillantes, un gentil sapin, une crèche où chaque enfant est représenté par sa bougie allumée le soir pendant 8 jours. On éteint la grande lampe et on a causé entre nous jusqu’à 11 heures ½. Les enfants d’Ittre et de Lillois n’ont pas la même intelligence ni l’application et l’émulation de ceux d’Obaix. C’est si curieux de les observer et d’entendre les parents se demander ce qu’on en fera. Vrai, dans les grandes familles, le problème des écoles est important. Il y a l’école Normale de l’Etat à Nivelles, et un tas de considérations à prévoir. Néanmoins la pension est une solution de tout repos pour les parents car les enfants sont sollicités par de multiples corvées ce qui les distrait du devoir à faire ou des leçons à étudier. Enfin espérons, et donnons notre petit appoint et appui pour les épauler l’un après l’autre.

T’ai-je déjà dit l’immense déception, presque désespoir d’Odile. Non pas supplantée, mais mise sous une autre direction dans le service. Un colonial rentrant d’Afrique, ami du Grand Patron ou son obligé, mais qui en attendant la retraite trouve une place, où chacun se retrouve à l’étage plus bas de ses fonctions plutôt que de progresser. Espérons que tout finira par s’arranger car en ce moment c’est le marasme et un peu le dégoût de la situation. Dis une bonne prière pour elle, qui s’effondre après un si vif espoir.

Notre 1er janvier et le 15 nous reviennent avec les anniversaires de notre bien-aimée Maman et d’Arsène. Les souvenirs ne s’estompent point malgré le temps et nous rapprochent toujours de ceux qui ont influencé notre vie. Les bons souhaits sur le palier de Fayt au soir du 31 Décembre, ces visites du 1er janvier avec une bonne goutte, un bon porto et des galettes. C’est suranné sans doute, mais cela a enchanté nos jeunes années. Quel que soit ton 1er janvier je pense à toi, je prie pour toi, pour ton bonheur, pour celui de tous ceux pour qui nous avons l’un et l’autre une commune affection. Et n’oublions pas surtout le paradis à la fin de nos jours, « quand vous voudrez mon Dieu ». Nous t’embrassons toutes deux de tout cœur.

Octavie et Odile

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